FAM IA

Question 15

Comment lui apprendre à apprendre ?

Personne ne le lui a enseigné, et probablement personne ne vous l’a enseigné non plus : l’école transmet des matières et jamais la méthode pour se les approprier. C’est la lacune la plus rentable à combler, parce qu’elle sert dans toutes les autres.

Ce qu’on fait concrètement

On rembobine - 18 octobre 2025

Extrait de LA FAM IA, ma newsletter actuelle, depuis 2025 - numéro, « Apprendre à apprendre : à 12 ans comme à 45 ans ! ».

Dans « Préparons nos enfants à demain », j’avouais que j’avais appris à apprendre sur le tas, bien après le bac, une fois les concours passés. À l’école, personne ne nous a jamais dit comment faire pour vraiment comprendre, retenir, ou relier les idées entre elles. On nous apprenait des matières, des dates, des formules, mais jamais la méthode pour les assimiler, les remettre en question, ou les faire nôtres.

Écrit à la reprise de la lettre en octobre 2025, sept ans après le livre. Le manque n’a pas bougé, mais son coût a changé : quand la machine fournit les faits en une seconde, ce qui reste à valoir est précisément la méthode que personne n’enseigne.

À lire, à voir

Aller plus loin

J’en parle dans ces newsletters - la méthode qu’on n’apprend nulle part.

Apprendre à apprendre : à 12 ans comme à 45 ans !18 octobre 2025

Dans “Préparons nos enfants à demain”, j’avouais que j’avais appris à apprendre sur le tas, bien après le bac, une fois les concours passés. À l’école, personne ne nous a jamais dit comment faire pour vraiment comprendre, retenir, ou relier les idées entre elles. On nous apprenait des matières, des dates, des formules, mais jamais la méthode pour les assimiler, les remettre en question, ou les faire nôtres.

Pourtant, n’est-ce pas là le vrai point de départ de tout apprentissage ?

Quand j’y repense, c’est un peu comme si on m’avait donné les pièces d’un puzzle sans me montrer comment les assembler. J’ai dû bricoler, tâtonner, et souvent me tromper avant de comprendre que l’essentiel n’était pas dans les réponses, mais dans les questions que je me posais. Et aujourd’hui, en voyant mes enfants grandir dans un monde où l’intelligence artificielle promet de tout leur expliquer en un clic, je m’interroge : comment leur donner le goût de cette curiosité active, sans qu’ils se laissent submerger par la facilité des outils ?

L’IA, ce couteau suisse qui peut tout expliquer… mais pas tout apprendre à leur place

Nos enfants ont une chance que nous n’avions pas : des outils qui s’adaptent à eux. Des quiz qui ciblent leurs lacunes, des cartes mentales qui organisent leurs idées, des chatbots qui répondent en une seconde. Pourtant, ces mêmes outils comportent un risque : celui de croire que savoir, c’est accumuler des réponses, sans jamais prendre le temps de les digérer.

Prenez Steve Jobs. Ses parents ne lui ont pas transmis un savoir tout fait, mais le goût d’apprendre. Ils l’ont laissé explorer la calligraphie, l’électronique, la spiritualité – des domaines en apparence sans lien, qui ont pourtant nourri sa créativité. Aujourd’hui, l’IA peut jouer ce rôle de “déclencheur de curiosité”, à une condition : qu’on ne s’en serve pas comme d’une béquille, mais comme d’un tremplin.

1. Poser des questions qui mènent ailleurs

Un enfant demande : “C’est quoi la photosynthèse ?” La tentation est grande de lui balancer la définition toute faite. Mais l’IA, comme le téléphone qui “a toujours raison”, ne doit pas être une fin en soi. La réponse toute faite, qu’elle vienne d’un écran ou d’un adulte, ne vaut rien si on ne l’interroge pas.

Avec l’IA, c’est la même chose. Quand elle répond, il faut aller plus loin :

D’où vient cette information ? (pour en vérifier la source)

Est-ce que tout le monde est d’accord avec ça ? (pour confronter les points de vue)

Et si c’était faux, comment on pourrait le savoir ? (pour développer l’esprit critique)

Son rôle n’est pas de clore la discussion, mais de l’ouvrir. Après chaque réponse, je demande à mes enfants : Et toi, tu en penses quoi ? ou *Comment tu pourrais vérifier cette information ? Surtout, j’ai envie de prolonger la conversation en posant d’autres questions. J’avoue que souvent les enfants me demandent d’arrêter et de passer à autre chose. Pourtant, je continue. D’abord parce que la conversation m’intéresse et ensuite parce que c’est un échange que je souhaite partager avec eux. Un peu comme si l’IA s’invitait dans la conversation.

2. Transformer l’outil en terrain de jeu

Les flashcards ? Oui, mais plutôt en complément, une fois que les bases (comme l’apprentissage des verbes irréguliers) ont déjà été travaillées sur le papier. Le risque, sinon, est de transformer trop vite ces outils ludiques en simples jeux, et qu’ils constituent une diversion.

Les podcasts éducatifs ? Parfait, mais soit en introduction, soit en complément de lectures, en leur proposant de résumer l’épisode en 3 mots ou de dessiner ce qu’ils ont retenu.

Les chatbots ? Utiles pour poser des questions ouvertes : explique-moi pourquoi cette réponse est fausse. Avec la mode voix ou computer vision (reconnaissance visuelle par l’IA), l’interaction est encore plus personnalisée, cela devient vraiment intéressant.

L’IA est un formidable partenaire… à condition de ne pas le laisser dénaturer les apprentissages, ou faire diversion. En ce sens, c’est vraiment une lame à double tranchant.

3. Limiter les outils pour éviter la dispersion

Avec tant d’options (applis, vidéos, jeux), le risque est de papillonner sans approfondir. Ma règle est simple : un objectif = un outil. Si je veux approfondir un point d’histoire, je choisis un outil, mettons Perplexity. Et c’est tout.

C’est encore plus vrai parce que, bien souvent, mon fils ainé découvre un outilou une fonctionnalité au moment même où il commence à l’utiliser. La découverte de l’outil en soi devient alors déjà un apprentissage. Si je lui présente plusieurs outils, il finira par apprendre superficiellement deux choses à la fois : le contenu qu’il voulait travailler, et les outils que je lui présente. Donc évitez d’empiler GPT, Claude, Notebook ou d’autres outils dans une même session : je trouve que c’est contre-productif et ça empêche d’entrer vraiment dans l’apprentissage.

Le vrai défi : leur apprendre à se passer de nous (et de l’IA)

Ce que je veux pour mes enfants, c’est qu’ils deviennent autonomes dans leur curiosité. Qu’ils sachent :

Formuler leurs questions (pas seulement taper des mots-clés).

Croiser les sources (l’IA donne une réponse, mais est-ce la seule possible ?).

Transformer une information en action (écrire, dessiner, expliquer à voix haute).

Car au fond, apprendre à apprendre, c’est apprendre à se connaître : qu’est-ce qui m’intéresse ? Comment je retiens le mieux ? Quand est-ce que je décroche ?

L’IA ne remplacera jamais cette introspection. Elle peut seulement les y aider… si on leur en donne les clés.

Et vous, comment gérez-vous ces outils avec vos enfants ?

Avez-vous déjà remarqué qu’ils les utilisent différemment selon leur personnalité ? (Arthur, par exemple, adore les mind maps interactives) Partagez vos astuces – on a tous à apprendre des expériences des autres !

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n° 4 - 14 février 2018

Nouvelles Frontières - Numéro #4

Bonsoir à tous,

Petit debrief ce mois-ci sur une conférence qui s'est tenue le 1er février dernier et réunissait le tout nouveau Conseil scientifique de l’Éducation Nationale. Son sujet : le rôle de l'expérimentation dans le domaine éducatif. Comme vous pouvez le devinez, le sujet me parle, j'y ai donc fait un saut.

J'avais au préalable pris le soin d'écouter la leçon inaugurale de Stanislas Dehaene (le président du Conseil scientifique) au Collège de France. Son titre (“Vers une science de la vie mentale”) me laisse encore songueur. Au terme de cette leçon, il avoue rêver de pouvoir un jour “déchiffrer la conscience”. On croirait entendre un grand enfant. A quoi peut bien nous avancer de “rendre enfin visible, comme à crâne ouvert, l’invisible de la pensée” ? A améliorer par exemple la maniére dont les enfants acquiérent les connaissances fondamentales. Une conférence n'est pas de trop pour éclaircir le sujet. J'ai retenu deux points.

Les résultats convaincants d'une expérience menée en Inde à grande échelle

Esther Duflo a mis en oeuvre une expérience particuliérement ambitieuse en Inde, visant à apprécier les résultats de différents jeux pour apprendre les mathématiques. Mené dans les mêmes conditions que des expériences en laboratoire, ces tests ont montré que les enfants pouvaient améliorer significativement certaines de leurs compétences mathématiques.

3 remarques :

Intéressant de marier les sciences cognitives à la psychologie. Mariage fructueux qui débouche sur une vraie validation de l'apprentissage par le jeu.

L'enjeu de l'étude est de voir comment certains outils pédagogiques peuvent gommer ou atténuer des écarts dans l'apprentissage des enfants, notamment les écarts induits par les différences de niveau social. A cet égard les sciences cognitives peuvent guider les acteurs de l'éducation en identifiant les outils efficaces.

Un bémol : ce programme de recherche est sensé atténuer les effets pervers du système pédagogique Indien. Seulement le sytème et les programmes demeurent. D'où cette analyse d'Esther Duflo : “Changer la pédagogie sans le programme revient à mettre des pansements sur une jambe de bois”. Elle sait que cela prendra des années de changer le programme en Inde. Et c'est tout aussi vrai ailleurs. Le programme, c'est - partout - l’éléphant dans la pièce. Améliorer la méthode, sans le remettre en question, c'est bricoler sans rien changer.

www.povertyactionlab.org • Partager

Le jeu sur mobile qui fait apprendre les maths

Les chercheurs tendent de plus en plus à s'aventurer sur le terrain du jeu, fusse-t-il sur mobile. De toute évidence, ça marche. C'est la raison pour laquelle chacun ces temps-ci semble y aller de son jeu. Ou adapte ceux qui marchent ailleurs, comme c'est le cas de GraphoGame, qui nous vient de Finlande.

2 remarques :

Le jeu numérique et en solitaire tranche étrangement avec les social games “in real life” testés en Inde et mentionnés plus haut. A-t-on trop d'argent en Europe pour faire simple et laisser les élèves jouer ensemble ?

L'avenir de l'Education en France c'est ça ? Des jeux sur mobile pour faire en sorte que la France soit moins à la traîne dans le classement PISA et cesse de négliger une partie de ses enfants ?

grapholearn.fr • Partager

Au terme de cette conférence, je m'interroge. Certes, il est important que la France réduise les inégalités dans la maîtrise des connaissances fondamentales. Mais ne semble-t-il pas incroyable que personne au Ministére ne réfléchisse à la maniére dont on acquiert d'autres compétences. A l'heure où ailleurs s'inventent de nouveaux modèles d'écoles, où les soft skills voient leur importance réévaluée au point de paraître centrale, est-il bien raisonnable de ne s'intéresser qu'à la lecture et aux maths ? Il faut dire que les sciences cognitives ne savent guère mesurer autre chose, a fortiori quand il s'agit de soft skills.

Tout se passe comme si l'Education Nationale appelait les sciences cognitives à la rescousse pour la sauver de sa dégringolade dans le classement PISA et s'abriter derriére elle pour repenser ses méthodes. Mais c'est bien un changement de programme qui lui permettrait de changer de siècle. En aidant les élèves à résoudre des problémes de façon collaborative, à trancher des questions éthiques, ou encore à faire rimer imagination et action. Le comité scientifique ne peut améliorer que ce qu'il sait mesurer. On lui fixe l'objectif d'améliorer la façon dont l'école d'hier fonctionne. C'est bien, mais sans doute pas assez. Les politiques doivent être bien plus ambitieux pour l'école publique.

***

Je vous écris début Mars avec je l'espère au moins une bonne nouvelle à vous annoncer. D'ici là, excellente semaine à tous.

Sur Forbes, je reviens sur les business schools : leurs crises, et les nouveaux modèles qui émergent. On entendra sans doute bientôt reparler de Elodie Nowinski et Sebastien Sikorski qui pitchent d'ici un mois au demo day de Y Combinator.

Avez-vous aimé ce numéro ?

Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.

Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.

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