Question 14
Un proche part dans le complotisme devant lui. Je fais quoi ?
Ne cherchez pas à gagner devant l’enfant, cherchez à ce qu’il voie une contradiction se dérouler proprement. Ce qu’il retiendra n’est pas qui avait raison, c’est qu’un désaccord peut être tenu sans rupture - et c’est exactement ce qu’un exercice vieux de deux mille ans sait produire.
Ce qu’on fait concrètement
Demandez à l’autre d’exposer sa position en entier avant de répondre, et exigez la même chose pour vous.
La forme fait le travail que l’argument ne fera pas. Une position exposée en entier se critique ; une position interrompue se durcit.
Faites plaider votre enfant pour la position qu’il rejette, une fois, pour le jeu.
C’est la disputatio, et elle vaut mieux que n’importe quel cours d’esprit critique : on ne peut pas défendre une thèse sans en comprendre le ressort.
On rembobine - 15 août 2021
Extrait de Hors Programme, ma newsletter hebdomadaire sur l’école et ce qui l’attend, écrite de 2017 à 2021 - numéro, « La dispute & last goodbye 😚 ».
Cet exercice qui remonte à l’antiquité consiste à faire plaider deux personnes sur un sujet de façon contradictoire. Lors d’une disputatio sur un sujet donné, un élève plaide le pour, l’autre plaide le contre et le maître au terme de l’échange annonce la résolution. […] Plus proche de nous, cela vous évoque peut-être le plan bien connu de la thèse, antithèse, synthèse. Un plan que nous sommes trop nombreux à avoir perdu de vue, trop occupés à défendre nos thèses, sans réellement prendre le temps d’écouter d’autres voix.
C’était le dernier numéro de Hors Programme, en août 2021. L’exercice a pris depuis une valeur qu’il n’avait pas : face à une machine qui produit des positions plausibles à la demande, savoir tenir les deux côtés d’un désaccord n’est plus une élégance scolaire mais une défense.
Aller plus loin
J’en parle dans ces newsletters - le désaccord tenu sans rupture.
La dispute & last goodbye 😚15 août 2021
Bonjour à tous,
Il y a peu, un ami avec qui je prenais un verre me quittait en me confiant d’un air désolé qu’il avait rendez-vous pour dîner avec sa tante “complotiste” (je n’aime pas le mot, mais c’était le sien) ! À peine une heure après, alors que je venais aux nouvelles, il m’apprenait que le dîner avait tourné court !
Par les temps qui courent, il devient de plus en plus difficile de débattre raisonnablement des sujets de sociétés. Les causes sont multiples, mais ce qui me chagrine dans cette histoire, c’est que les enfants et les adolescents assistent souvent silencieux aux débats. Tout au plus se contentent-ils de répéter ce qu’ils ont entendu. Loin d’être exemplaires, les médias et nous-mêmes leur donnons un piétre exemple de ce que c’est que débattre dans une démocratie. Cela me donne envie de remettre au goût du jour l’art du débat, tel qu’il était pratiqué et enseigné jadis.
La Disputatio 🎭
Cet exercice qui remonte à l’antiquité consiste à faire plaider deux personnes sur un sujet de façon contradictoire. Lors d’une disputatio sur un sujet donné, un élève plaide le pour, l’autre plaide le contre et le maître au terme de l’échange annonce la résolution. Socrate déjà se livrait à l’exercice avec d’autres éminents citoyens Grecs. Plus proche de nous, cela vous évoque peut-être le plan bien connu de la thèse, anti-thèse, synthèse. Un plan que nous sommes trop nombreux à avoir perdu de vue, trop occupés à défendre nos thèses, sans réellement prendre le temps d’écouter d’autres voix.
La faute aux médias ? Dans Préparons-nos enfants à demain, je reviens sur ces algorithmes qui modèlent les médias sociaux et certains programmes d’information de chaînes télévisions, pour personnaliser nos flux d’information. Dorénavant, on ne voit plus que ce que l’on veut lire. Nous buvons comme du vin des paroles, qui sont conçues non pas pour nous informer, mais avant tout pour nous satisfaire, et renforcer notre vision du monde.
Dans le même temps, les médias polarisent les positions : on est pour ou contre, avec 5’ pour justifier sa position, avant la prochaine pub. Cette polarisation fait malheureusement l’impasse sur la synthèse qui pourrait permettre d’introduire plus de subtilité et de justesse aux débats. Seulement, qui s’intéresse encore à cela ?
Chaque citoyen a vocation à se forger une option honnête. Mais qui désormais lui permet de faire ce travail ? L’école me direz-vous, mais est-ce bien sûr ? Les heures consacrées à la citoyennté sont réduites à portion congrue et du reste les sujets d’actualités les plus brûlants sont rarement abordés en classes (a fortiori lorsqu’il s’agit de loi ou de decrets). Alors où, quand et comment mener ce travail ?
Repas en famille 🍛
Lors des repas en famille, on discute de tout et de rien, de sujets d’actualité mais aussi de sujets de sociétés. Que faut-il penser de ci ou de ça ? Longtemps, ayant un jugement malheureusement bien tranché, j’ai eu tendance à poser le mien, pour mieux marquer celui de mes enfants, ce qui en soit est idiot et donne un bien mauvais exemple.
La disputatio est bien plus drôle et utile. Après tout, plaider le pour et le contre s’apparente à un jeu, il faut trouver les arguments, convaincre le public. Cela amène bien sûr à considérer toutes les dimensions d’un sujet, et bien sûr à restituer les arguments de telle sorte qu’ils fassent mouche. Cela oblige à écouter.
Que penser des choses qui façonnent notre quotidien, notre santé, notre alimentation, nos loisirs, qui sont si présentes qu’elles en deviennent invisibles, sans jamais être questionnées ? Selon l’âge, les sujets posés varient, mais l’exercice vaut d’être répété, un peu comme un rituel, irrégulier mais récurrent. Pour que cet exercice qui consiste à éclairer un sujet à la lumière de différents points de vue devienne naturel, et que la vision des enfants, plutôt que de se fermer d’emblée s’ouvre. Pour qu’ils cultivent aussi une culture de l’écoute et du respect, sans éprouver de hâte à mettre quelqu’un dans une case.
Dans certaines écoles innovantes, on réinvente ces exercices de façon plus ludique et créative encore. Je songe notamment aux énigmes proposés aux élèves d’Astra Nova, une école privée de Californie. Le principe est le suivant : dans une ville où une usine emploie la majeure partie de la population, mais pollue les nappes phréatiques, les enfants doivent trouver des solutions en allant chercher informations et conseil autour d’eux. Il ne s’agit pas seulement d’analyser la situation, mais de proposer des solutions et de convaincre le reste de la petite communauté d’enfants. Ècole de la citoyenneté, et déjà école politique d’une certaine manière. Ou comment apprendre dés le plus jeune âge à devenir un acteur, plutôt qu’un sujet.
Last goodbye 👋
Plus d’action
Le rythme de ces lettres s’est espacé ces derniers temps. Il est temps pour moi d’arrêter, pour m’impliquer plus dans l’action.
J’avais déjà pris ce chemin il y a un an aprés la publication de L’enfant dans la nature, en créant l’association avec Moina Fauchier-Delavigne. Depuis, plus de 200 classes font école dehors au moins une fois par semaine, ce qui représente plusieurs milliers d’enfants. L’Education nationale s’est engagée dans le mouvement, d’abord par la voix de son Ministre, puis par les efforts de son administration, qui désormais permet aux enseignants à faire classe dehors. Nous sommes heureux d’avoir participé à cet effort, à l’échelle nationale et - de façon toute aussi concréte - localement. Pour rester en contact, n’hésitez pas à vous abonner à la lettre de L’enfant dans la nature.
Une compil ?
Je me demande dans quelle mesure certains d’entre vous seraient intéressés par une compilation de lettres. Toutes ne se prêtent pas à l’exercice (trop de liens parfois), je devrais donc faire une séléction. Dites-moi si cela vous intéresse.
Quoiqu’il en soit, tous les articles restent disponibles ici, libre à vous de les relire et de les partager !
Votre regard
Pour finir, j’aimerais beaucoup lire ce que vous retenez de la lecture de ces lettres. N’hésitez pas à laisser un mot en commentaire ou à répondre directement à cet email.
Bon dimanche à tous,
Matthieu
n° 7 - Numéro #7 - Tous égaux face aux medias ?5 mai 2018
Nouvelles Frontières - Numéro #7 - Tous égaux face aux medias ?
Bonjour à tous,
Par deux fois cette semaine, j'ai eu vent de comptes sociaux bridés ou supprimés. En cause les croyances religieuses ou opinions politiques exprimées. Il faut croire que les YouTube, Facebook & Co, pressés de mettre un peu d'ordre chez eux, en mettent un peu trop, quitte à supprimer tout ce qui de prés ou de loin crée la polémique.
En y réfléchissant, je me dis que cela préfigure un monde étrange, où les enfants accéderaient à une multitude de contenus, y compris ceux qu'ils ne doivent pas voir, et où les adultes n'accéderaient plus à aucun qui n'irait pas dans le sens d'une pensée unique ou molle. Explications.
Une foule de contenus étranges pour les enfants
...mis en avant par des algorithmes aveugles.
www.wired.co.uk • Partager
“You don’t need to spend much time on YouTube to see that the videos produced for kids are weird. Millions of views go to Kinder Surprise egg un-wrappings, nursery rhymes overlaid on footage from video games, and anything starring other children. Many of them hijack key search terms, such as "Peppa Pig” and “Paw Patrol”, in order to play automatically after official content.“
Et le problème n'est pas prés d'être résolu. Bien au contraire.
Google frequently misses problems on its platforms, whether it’s YouTube, Google News, or search. "This is part of a much larger story that’s coming out with fake news,” says Frank Pasquale, professor of law at the University of Maryland.
Moins de contenus engagés pour les adultes
...aprés le passage d'algos de "modération"
?utm_campaign=Hors%20Programme&utm_medium=email&utm_source=Revue%20newsletter • Partager
Sarah T Roberts, a UCLA assistant professor of information studies, said: “[The disclosure] shows in no uncertain terms the great power these platforms have in terms of shaping people’s information consumption and how people formulate their points of view – and how important it is to understand the internal mechanisms at play.”
Ces chartes de modération et les algorithmes qui les appliquent remodèlent de maniére insidieuse mais efficace la maniére dont on s'informe, dont on communique et dont on pense.
Tous égaux face aux media ?
Personne ne l'a jamais été. Il fut un temps où certains y avaient accès, d'autres non. Aujourd'hui, l'accès pose encore question dans les pays en voie de développement (Facebook y travaille). Dans les sociétés occidentales, l'enjeu est ailleurs : dans les usages des médias, leur lecture (plus ou moins critique) et bien entendu leur choix.
Aujourd'hui les suggestions que nous faisons à nos enfants en matiére de media ne sont plus neutres. De l'application de messaging aux services de vidéo. Ces choix font partie intégrante d'un habitus que nous transmettons, comme nos grands-parents recommandaient à nos parents de lire Le Figaro plutôt que l'Humanité, ou inversement.
Les média sociaux et les plateformes de contenus sont plus mainstream que jamais. C'est le signe d'une adoption massive. Mais aussi le début d'une ségmentation croissante, entre un grand public qui subit - la perte de choix et de liberté notamment, et les autres.
Sur une touche plus joyeuse, et pour ouvrir nos enfants précisément à plus de choix, dans la joie !
Je suis heureux de vous présenter les anniversaires que Cheery a concocté avec son réseau de professionnels. Je vous annonçais le lancement il y a un mois, à présent le service référence déjà sur l'Ile de France et Bordeaux environ 40 animateurs.
Je vous invite à les découvrir à l'occasion de la pré-vente que nous lançons ces jours-ci sur KissKissBankBank. Bon choix ;-) 🎁
Avez-vous aimé ce numéro ?
Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.
Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.
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