Question 01
Mon ado fait ses devoirs avec l’IA. Je fais quoi ?
L’interdire ne marchera pas, et le laisser faire non plus - mais ce ne sont pas les deux seules options. Ce qui se joue n’est pas s’il utilise l’IA, c’est s’il sait ce qu’elle lui a coûté. Un devoir rendu sans effort ressenti est un devoir dont il n’a rien gardé, et c’est vérifiable en une question.
Ce qu’on fait concrètement
Demandez-lui de vous montrer sa conversation, pas son devoir.
Le devoir fini ne dit rien : il est bon dans les deux cas. La conversation, elle, montre s’il a formulé un problème et repoussé une réponse insuffisante, ou s’il a collé l’énoncé et pris la sortie. C’est la seule trace de ce qui s’est passé dans sa tête.
Posez-lui une question sur son propre devoir, le lendemain.
Ce qu’on a compris survit vingt-quatre heures ; ce qu’on a copié, non. Vous n’avez pas besoin de connaître la matière - s’il ne peut pas vous réexpliquer sa propre réponse, la réponse n’est pas la sienne.
Utilisez-la devant lui, sur quelque chose qui vous concerne, et dites tout haut quand elle a tort.
Il vous imitera de toute façon. Autant que ce qu’il imite soit un adulte qui doute de l’outil plutôt qu’un adulte qui l’évite en cachette.
On rembobine - 11 novembre 2018
Extrait de Hors Programme, ma newsletter hebdomadaire sur l’école et ce qui l’attend, écrite de 2017 à 2021 - n° 13, « Mon pavé dans la mare ! ».
Un père me confiait que sa fille de 2 ans et demi fermait parfois son ordinateur en lui demandant d’arrêter. Quand on en arrive là me disait-il, c’est qu’on a perdu. Perdu dans notre rôle de parents, qui est d’être pleinement présents. […] Notre dépendance ou a minima notre fascination pour les prothèses cognitives est partagée et exhibée sans réel recul, faisant de nos enfants des témoins qui demain nous imiteront et deviendront des victimes collatérales.
Ces lignes datent de quatre ans avant ChatGPT, et « prothèse cognitive » y désigne encore un téléphone. Le mécanisme n’a pas changé, seul l’outil a grandi : il nous a regardés nous en servir bien avant d’avoir le droit d’essayer. C’est pourquoi la question de votre propre usage arrive avant celle du sien.
Aller plus loin
J’en parle dans ces newsletters - la prothèse, et ce que nos enfants nous voient en faire.
n° 13 - Mon pavé dans la mare !11 novembre 2018
Hors Programme - Mon pavé dans la mare ! #13
Bonjour à tous,
Vous vous souvenez peut-être de cet article du New York Times qui avait fait sensation : un journaliste relatait une conversation avec Steve Jobs, qui avouait interdire à ses enfants de toucher à un ipad. Cela n'empêcha pas Apple de développer une offre à destination des écoles. Question d'usage sans doute, et non de principe.
Il y a peu, le New York times revenait sur ce sujet clé mais compliqué à travers deux articles passionnants. Le premier article persiste et signe en donnant la parole à ces parents qui - toujours dans la Silicon Valley - voient dans les écrans littéralement la figure du diable ! “On the scale between candy and crack cocaine, it’s closer to crack cocaine” confie une mère. Le second article décrit dans ce contexte la position des nounous : les parents depuis peu leur demandent d'éloigner leurs enfants des écrans et vont jusqu'à inclure dans les contrats des clauses leur interdisant d'utiliser leurs téléphones portables.
Ces articles sont a prendre avec des pincettes : pourquoi ces parents se comportent-ils ainsi ? Est-ce par mimétisme, ou parce que - ayant à présent le recul nécéssaire - ils comprennent les dangers liés aux écrans. Peut-être préfèrent-ils seulement que leur enfants s'éveillent au travers de relations humaines, et soient entourés de regards, de paroles et de rires. Dis ainsi, cela semble évident.
Ces articles s'inscrivent dans le prolongement d'une partie de mon livre, dont voici un dernier extrait.
📖 Extrait
Les parents, l'école et la nourrice
On sait l’importance qu’ont les premières années dans le développement du cerveau et de l’activité mentale. Ce développement est influencé au moins par deux choses : la présence d’adultes auprès de l’enfant qui l’écoutent, parlent, accompagnent ; et les habitudes qu’ils transmettent, en termes de langue, d’alimentation ou encore d’usages. Sur le premier point, aujourd’hui, présence et absence vont souvent de pair. Un père me confiait que sa fille de 2 ans et demi fermait parfois son ordinateur en lui demandant d’arrêter. Quand on en arrive là me disait-il, c’est qu’on a perdu. Perdu dans notre rôle de parents, qui est d’être pleinement présents. Quant aux habitudes : notre dépendance ou a minima notre fascination pour les prothèses cognitives est partagée et exhibée sans réel recul, faisant de nos enfants des témoins qui demain nous imiteront et deviendront des victimes collatérales. Ce double problème de présence/absence et d’addiction induite nous concerne tous : parents et éducateurs.
Sans doute l’archétype qui symbolise tout entier ce problème est-il celui de la nourrice, qui passe son temps au téléphone, quand elle ne le regarde pas, passant le temps comme elle peut, avec un enfant à côté d’elle. Entre fascination légère et addition profonde, nous sommes tous concernés par ce phénomène et pour l’heure livrés à nous-mêmes. Les enseignants disposant de tablettes doivent apprendre et comprendre sur le tas les enjeux liés à ces outils, ou subir et transmettre la fascination qu’ils éprouvent pour eux. L’enjeu est pour tous de prendre conscience de cela, sans être éblouis par la capacité de ces prothèses à enrichir notre rapport à la connaissance, ou notre capacité à transmettre plus ou mieux. Ce qui se joue chez l’enfant, à travers la transmission des connaissances, est avant tout d’ordre psychologique. En interagissant directement avec ses parents et les éducateurs, il forge sa relation à lui-même et à l’autre. Dans cette relation, le rôle des prothèses ne peut être neutre.
Quid de la nourrice ? mon pavé dans la mare
Vous devinez peut-être ce qui suit. Nous sommes en France. Au pays qui vient d'interdire les téléphones mobiles dans les écoles. Au pays qui sait à quel point parler à son enfant dés le plus jeune âge est clé. Au pays qui vise à faire de l'école un outil de réduction des inégalités, alors même que l'on sait aujourd'hui que ces inégalités sont creusées par le rapport qu'entretiennent les familles aux écrans (comme l'indique un autre article du NYTimes).
Dés lors, ne faut-il pas faire en sorte que les nourrices, si présentes dans les grandes métropoles, n'utilisent plus leurs portables lorsqu'elles s'occupent de bébés. Il en va de même pour les assistantes maternelles. Bien sûr, il faut préférer à l'approche contractuelle anglo-saxonne une démarche préventive de formation et d'information. La question n'est plus tant de savoir si cela est souhaitable, mais s'il est responsable de ne pas le faire.
Vous partagez cette analyse ? N'hésitez pas à partager ou réagir. En fonction de vos retours, j'en tirerai peut-être une tribune !
Bonne fin de week-end à tous,
Matthieu
Gilles Babinet
@babgi
Merci @matthieuchereau je l'ai entrouvert et ça a l'air passionant ! https://t.co/1jmp4XN9hB
9:42 PM - 10 Nov 2018
Avez-vous aimé ce numéro ?
Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.
Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.
Tweet Partager
Si vous ne voulez plus recevoir les prochaines mises à jour, vous pouvez vous désabonner ici.
Si on vous a fait suivre cette lettre d'information et que vous l'aimez, vous pouvez vous y abonner ici.
Propulsé par Revue
n° 15 - Nos enfants sur les media sociaux25 novembre 2018
Hors Programme - Nos enfants sur les media sociaux #15
Bonjour à tous,
Il ne vous aura peut-être pas échappé que la newsletter change de nom. Hors-programme : parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en large partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses programmes et ses méthodes.
Outre cette lettre, j’aborderai tout ce qui relève du « hors-programme » dans des articles sur Medium et dans des ebooks illustrés. Le premier est consacré aux 3 rapports de nos enfants aux machines, j'espère que vous apprécierez le format. Le second paraîtra dans quelques semaines et sera consacré à ce que j’appelle dans mon livre les compétences rebelles.
Eduquer aux media sociaux : grands axes, nouveautés, (fausses ?) solutions
Aujourd’hui je voudrais vous parler d’éducation aux media sociaux. On distingue dans ce domaine essentiellement 3 axes : éveil de l'esprit critique vis-à-vis des informations qui s'y trouvent, sensibilisation aux diverses formes de violences et de harcèlement et enfin bonnes pratiques pour se prémunir d’usages trop addictifs.
J’apprécie beaucoup l’initiative de Radio France présentée cette semaine à Educatec-Educatice sur le sujet des Fake News. L’enjeu est d’offrir aux plus jeunes une radio d’information adaptée, permettant de mettre en perspective cette information, mais aussi le cas échéant d’en produire d’autres. L’enfant critique peut ainsi devenir producteur, percevoir de façon d’autant plus fine un contenu qu’il comprend comment il a été conçu. Au-delà de cette initiative, le CLEMI offre énormément de ressources, malheureusement pas assez mises en avant. Je vous invite à les découvrir.
Pour éduquer aux diverses formes de violences en ligne, j’ai découvert récemment ce jeu lancé par Google. L’enjeu est de transmettre aux enfants les bonnes pratiques : soutenir les personnes abusées, dénoncer les mauvais comportements, etc. Pour bien faire le choses, j’ai passé un palier et décroché mon premier brevet !
Mon sentiment au terme de ce test : tout dans ce jeu est lent, ennuyeux et caricatural. Est-ce ainsi que j’ai envie de transmettre les bonnes pratiques à mes enfants ? Peut-être n’est-ce qu’une mise en bouche à compléter par des discussions et des démonstrations. Peut-être est-ce le stricte minimum pour des enfants qui précisément n’ont pas la chance d’être accompagnés. Il ne faudrait pas toutefois que des parents s’en remettent à ces jeux pour ne pas faire leur part. Les parents, et les institutions. Car c’est de façon croissante le sujet sur les matières hors-programme dans le digital : les institutions - larguées - sont trop heureuses de déléguer le travail de formation aux grands acteurs du digital, Google en tête. Ce n’est ni bien ni mal, sauf si l'on passe subrepticement de la formation à l'éducation, et que cette délégation de service public cela se fait à l’aveugle. A cet égard, la menace est réelle.
Les outils pédagogiques d'éducation au numérique se multiplient. En soi, c’est une excellente nouvelle. Néanmoins cela requiert de la part des parents que nous sommes un discernement croissant.
Bonne journée à tous,
Matthieu
PPS : “Préparons nos enfants à demain” est déjà en rupture de stock sur Amazon ! Pas de problème, il est encore disponible à la FNAC.
Avez-vous aimé ce numéro ?
Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.
Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.
Tweet Partager
Si vous ne voulez plus recevoir les prochaines mises à jour, vous pouvez vous désabonner ici.
Si on vous a fait suivre cette lettre d'information et que vous l'aimez, vous pouvez vous y abonner ici.
Propulsé par Revue