Question 03
Mon enfant parle à une IA comme à un ami. C’est grave ?
Ce n’est pas la confidence qui pose problème, c’est l’asymétrie : il se raconte à quelque chose qui ne se raconte jamais en retour, et qui ne le contredit presque pas. Une amitié où l’autre est toujours d’accord n’apprend rien de ce qu’une amitié apprend.
Ce qu’on fait concrètement
Faites-lui remarquer, une fois, qui parle le plus.
Il ne l’a probablement jamais noté. Ce n’est pas un reproche mais une observation, et elle suffit souvent à changer le statut de l’outil dans sa tête.
Demandez-lui la dernière fois qu’elle lui a dit non.
La complaisance est la propriété la plus intéressante à lui faire voir, parce qu’elle est invisible tant qu’on ne la cherche pas - et qu’elle est ce qui distingue l’outil d’un ami.
On rembobine - 3 février 2019
Extrait de Hors Programme, ma newsletter hebdomadaire sur l’école et ce qui l’attend, écrite de 2017 à 2021 - n° 22, « Nos enfants nous haïront, sauf si... ».
C’est un peu le sentiment que j’ai eu en découvrant les travaux de Jean Twenge. En voyant que nous et nos enfants étions l’objet d’une grande expérimentation. Si j’en parle dans le livre, c’est qu’il me semble intéressant, en tant que parent, d’avoir ce regard critique vis-à-vis de la société dans laquelle on vit : à la fois pour ne pas prendre part aux expérimentations ou aux comportements les plus douteux, et pour transmettre à nos enfants une vision critique qui leur permettra de préparer le monde de demain.
L’expérimentation dont je parlais en 2019 portait sur les réseaux sociaux, et nous en connaissons aujourd’hui le prix. Celle qui commence porte sur des machines qui tiennent conversation. La différence est qu’à l’époque, personne ne savait ; cette fois-ci, nous savons - ce qui ne nous dispense pas d’y participer, mais nous oblige à le faire les yeux ouverts.
À lire, à voir
- Jean Twenge - iGen
La chercheuse dont les travaux ont documenté l’effet des réseaux sur une génération entière. Sa page présente les données, pas les opinions.
Aller plus loin
J’en parle dans ces newsletters - ce que nos enfants nouent avec les machines.
n° 22 - Nos enfants nous haïront, sauf si...3 février 2019
Hors Programme - Nos enfants nous haïront, sauf si... #22
Bonjour à tous,
Je participais il y a quelques jours à une table ronde. Le sujet de mon livre étant demain, les discussions tournent souvent autour des grandes tendances à venir. C'est la solution de facilité : tout le monde se fait plaisir, et personne ne prend de risques. Mais se concentrer sur le futur de la sorte n'est guère suffisant. Si demain est vendeur, c'est aujourd'hui qui est intéressant et qui, à plus d'un titre, reste méconnu.
Il faudrait donc faire l'inverse : non pas considérer demain avec les yeux d'aujourd'hui, mais regarder aujourd'hui avec les yeux de demain. Pourquoi et comment ? C'est le sujet de la lettre aujourd'hui.
Nos enfants nous haïront, sauf si...
Il est fort possible que nos enfants nous haïssent, explique Tim Kreider dans un article récent, et les raisons ne manqueraient pas : avoir rendu la terre inhabitable, avoir causé la disparition de centaine de milliers d'espèces, mais également avoir traité de façon éhontée les animaux et d'une certaine manière nos prochains… les arguments de Kreider sont nombreux et convaincants.
Mais le plus surprenant dans cet article n'est pas l'inventaire de ces maux, aujourd'hui à la fois connus et entretenus. L'auteur fait remarquer qu'après tout chaque génération regarde la précédente avec dédain et parfois avec haine. Nos enfants n'échapperons pas à la règle et jugerons avec mépris des manières de faire qui nous paraissent communes.
Si les maux et les manières douteuses d'aujourd'hui sont connues, pourquoi ne pas précisément les mettre en lumière pour faire évoluer la vision de nos enfants, et mieux accompagner la transition d'une génération et d'un monde à l'autre ?
A un moment dans l'article, Kreider écrit :
“Sometimes the world looks like one vast, uncontrolled Stanford Prison Experiment.
C'est un peu le sentiment que j'ai eu en découvrant les travaux de Jean Twenge. En voyant que nous et nos enfants étions l'objet d'une grande expérimentation. Si j'en parle dans le livre, c'est qu'il me semble intéressant, en tant que parent, d'avoir ce regard critique vis-à-vis de la société dans laquelle on vit : à la fois pour ne pas prendre part aux expérimentations ou aux comportements les plus douteux, et pour transmettre à nos enfants une vision critique qui leur permettra de préparer le monde de demain - que l'on souhaite tous meilleur.
Je vous recommande la lecture de cet article de Kreider, un auteur que je ne connaissais pas, mais qui je dois dire m'a tapé dans l'oeil. Dépassez son titre qui n'est guère vendeur. Vous y trouverez une grande subtilité, une certaine sagesse et l'occasion de voir aujourd'hui avec un regard résolument neuf !
Excellent dimanche à tous,
Matthieu
Avez-vous aimé ce numéro ?
Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.
Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.
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n° 15 - Nos enfants sur les media sociaux25 novembre 2018
Hors Programme - Nos enfants sur les media sociaux #15
Bonjour à tous,
Il ne vous aura peut-être pas échappé que la newsletter change de nom. Hors-programme : parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en large partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses programmes et ses méthodes.
Outre cette lettre, j’aborderai tout ce qui relève du « hors-programme » dans des articles sur Medium et dans des ebooks illustrés. Le premier est consacré aux 3 rapports de nos enfants aux machines, j'espère que vous apprécierez le format. Le second paraîtra dans quelques semaines et sera consacré à ce que j’appelle dans mon livre les compétences rebelles.
Eduquer aux media sociaux : grands axes, nouveautés, (fausses ?) solutions
Aujourd’hui je voudrais vous parler d’éducation aux media sociaux. On distingue dans ce domaine essentiellement 3 axes : éveil de l'esprit critique vis-à-vis des informations qui s'y trouvent, sensibilisation aux diverses formes de violences et de harcèlement et enfin bonnes pratiques pour se prémunir d’usages trop addictifs.
J’apprécie beaucoup l’initiative de Radio France présentée cette semaine à Educatec-Educatice sur le sujet des Fake News. L’enjeu est d’offrir aux plus jeunes une radio d’information adaptée, permettant de mettre en perspective cette information, mais aussi le cas échéant d’en produire d’autres. L’enfant critique peut ainsi devenir producteur, percevoir de façon d’autant plus fine un contenu qu’il comprend comment il a été conçu. Au-delà de cette initiative, le CLEMI offre énormément de ressources, malheureusement pas assez mises en avant. Je vous invite à les découvrir.
Pour éduquer aux diverses formes de violences en ligne, j’ai découvert récemment ce jeu lancé par Google. L’enjeu est de transmettre aux enfants les bonnes pratiques : soutenir les personnes abusées, dénoncer les mauvais comportements, etc. Pour bien faire le choses, j’ai passé un palier et décroché mon premier brevet !
Mon sentiment au terme de ce test : tout dans ce jeu est lent, ennuyeux et caricatural. Est-ce ainsi que j’ai envie de transmettre les bonnes pratiques à mes enfants ? Peut-être n’est-ce qu’une mise en bouche à compléter par des discussions et des démonstrations. Peut-être est-ce le stricte minimum pour des enfants qui précisément n’ont pas la chance d’être accompagnés. Il ne faudrait pas toutefois que des parents s’en remettent à ces jeux pour ne pas faire leur part. Les parents, et les institutions. Car c’est de façon croissante le sujet sur les matières hors-programme dans le digital : les institutions - larguées - sont trop heureuses de déléguer le travail de formation aux grands acteurs du digital, Google en tête. Ce n’est ni bien ni mal, sauf si l'on passe subrepticement de la formation à l'éducation, et que cette délégation de service public cela se fait à l’aveugle. A cet égard, la menace est réelle.
Les outils pédagogiques d'éducation au numérique se multiplient. En soi, c’est une excellente nouvelle. Néanmoins cela requiert de la part des parents que nous sommes un discernement croissant.
Bonne journée à tous,
Matthieu
PPS : “Préparons nos enfants à demain” est déjà en rupture de stock sur Amazon ! Pas de problème, il est encore disponible à la FNAC.
Avez-vous aimé ce numéro ?
Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.
Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.
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