FAM IA

Question 08

Comment je le rends autonome sans le lâcher ?

L’autonomie ne s’accorde pas par paliers d’âge, elle s’exerce sur des choses où l’échec est visible et supportable. Tant que ce qu’on lui confie ne peut pas rater, on ne lui a rien confié - on lui a donné une tâche.

Ce qu’on fait concrètement

On rembobine - 6 juin 2020

Extrait de Hors Programme, ma newsletter hebdomadaire sur l’école et ce qui l’attend, écrite de 2017 à 2021 - n° 51, « Liberté 🗽 ».

Exercer notre liberté avec les enfants, liberté de jugement et de mouvement, même si cela implique de désobéir. Du moment où c’est argumenté, il faut parfois apprendre à désobéir. Et dans notre société, sans doute est-ce nécessaire de l’apprendre tôt.

Écrit en juin 2020, au sortir d’un confinement où la règle avait cessé d’être discutable. La condition posée là n’a pas vieilli et vaut pour tout le reste : ce qui est transmis n’est pas le droit de refuser, c’est l’obligation d’argumenter.

Aller plus loin

J’en parle dans ces newsletters - la liberté qu’on exerce plutôt qu’on accorde.

n° 51 - Liberté 🗽6 juin 2020

Bonjour à tous,

Depuis quelques semaines, avec la fin du confinement, j’ai le sentiment que rien finalement n’a changé dans mon quotidien. Les habitudes sont les mêmes et mes déplacements, de façon consciente ou inconsciente, sont toujours limités au minimum. C’est le cas pour beaucoup d’entre nous peut-être. Je trouve fascinant et un peu terrifiant de voir à quel point deux petits mois auront suffit à nous conditionner. Est-ce le choc des mots, des images ou des chiffres ? Leur flot discontinu peut-être ? Dans tous les cas un constat s’impose. Même libérés, nous restons d’une certaine manière contraints. Cette contrainte est volontaire, nous la comprenons et l’acceptons. Nous l’intériorisons même, à différents degrés.

Nous l’intériorisons d’autant plus que la privation de liberté s’impose depuis le début comme la solution unique : directe avec le confinement, indirecte avec le suivi anonymisé ou non, en France ou ailleurs, de tout le monde via des applications ou nos téléphones portables.

Dans “Préparons nos enfants à demain”, permettre à nos enfants d’exercer leur liberté était l’une de mes principales préoccupations. En encourageant leur capacité à demeurer critique, à interroger le monde autour d’eux (et les écrans), à une époque où cela devient bien plus compliqué, y compris pour nous adultes. Je réalise aujourd’hui à quel point cette question de la liberté se pose, non seulement à l’échelle individuelle pour garantir que chacun soit en mesure d’exercer sa liberté, mais également à l’échelle de la société toute entière.

👁Comment apprendre aux enfants la liberté, à une époque où elle est tant malmenée, y compris par l’autorité publique ?

Même si je n’ai pas de réponse à cette vaste question, je vois quatre niveaux, plus ou moins applicables selon l’âge des enfants :

questionner ce fameux flot ininterrompu d’informations, c’est le réflexe le plus évident et immédiat ;

exercer notre liberté avec les enfants, liberté de jugement et de mouvement, même si cela implique de désobéir. Du moment où c’est argumenté, il faut parfois apprendre à désobéir. Et dans notre société, sans doute est-ce nécéssaire de l’apprendre tôt. En avril, sortir dans les bois trop loin, trop longtemps avec mes enfants, faisait pour moi partie du programme ;

Tirer de ces quelques exercices pratiques de quoi aborder le droit à la désobéissance. Pour que la figure du policier ne soit pas indépassable, et que “loi” ne rime pas nécessairement avec “ordre”. Et enfin pour les plus grands, en profiter pour découvrir et comprendre la notion de servitude volontaire.

Le quatrième niveau est poétique et consiste à relire le poème qui à lui seul résume ce que “liberté” signifie :

“Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance

J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées

J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante

J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade

J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies

J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mon lit coquille vide

J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni

J’écris ton nom

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives

Bien au-dessus du silence

J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.”

Paul Eluard

La tentation est grande de revenir sur chaque mot, mais je réalise qu’il suffit à chacun de lire et relire, pour comprendre à quel point ce texte léger et coulant n’est pas seulement une invitation au voyage. Il nous oblige en tant qu’homme et femme, citoyen et parent.

Belle journée à tous,

Matthieu

n° 40 - Génération rebelle ⚡️6 octobre 2019

Hors Programme - Génération rebelle ⚡️ - Numéro #40

Bonjour à tous,

Aujourd'hui, on parle rébellion !

Ceux qui ont lu “Préparons nos enfants à demain” se souviennent peut-être de ce que j'appelle les “compétences rebelles”, qui découlent de la valorisation croissante dans notre société du fait de transgresser la règle. Entre les sonneurs d'alerte et les disrupteurs en tout genre qui bouleversent des marchés entiers, tous ont fait la une du Times magazine. Ce sont les nouveaux héros de la société dans laquelle grandissent nos enfants.

Génération rebelle

Ces temps ci, la rébellion se nourrit de la rage des jeunes.

“Comment vont nos enfants à l'ére du changement climatique” se demande une journaliste australienne du NewYork Times ? Alors qu'on demande dans les classes aux enfants d'obéir en ayant les bons réflexes en matière de développement durable, les jeunes réalisent deux choses : les enfants ne sont pas qui ils croyaient (nous adultes, avec notre pouvoir, nos pulsions et nos biais cognitifs nous comportons comme de grands gamins), et loin d'obéir il est urgent d'agir et de remettre en cause le système.

Cette rage se traduit par des manifestations et des violences. Usbek et Rica entrevoit ainsi chez les jeunes des pratiques plus radicales.

Mais au-delà des violences, une chose cette semaine m'a vraiment marquée, en entendant parler Antoine Soulas, co-fondateur du collectif Désobéissance écolo Paris, dans un podcast d'Etre et savoir. J'ai été frappé et à vrai dire surpris par l'irruption d'une parole entière et singulière, celle d'un jeune homme doté d'une solide culture historique, en colère mais lucide, déterminé à en découdre avec un système qui disfonctionne. Ses mots m'ont rappelé ceux de mouvements tels que le Weathermen underground dans les années 70, quand de jeunes américains combattaient un Etat qui selon eux niait leurs droits.

Ce qui m'a touché, c'est de percevoir dans ses propos de la rage, de la détermination et un brin de tristesse. En même temps j'ai entendu un discours robuste de bout en bout, vis-à-vis duquel les adultes de l'émission avaient finalement bien peu de prise.

De quoi papoter à la sortie des classes

👾 A lire dans Wired : Twitch, la plateforme de Livestreaming de jeux vidéos, est utilisée par les adolescents pour apprendre à programmer. Qui a dit que les media sociaux nuisaient nécessairement aux apprentissages ?

🏴‍☠️Toujours dans Wired, l'histoire de cet ado hacker qui a mis à jour les importantes failles de sécurité affectant des logiciels utilisés dans des universités. L'histoire rappelle à quel point les données en matière d'éducation sont à la fois précieuses et mal protégées par les éditeurs de logiciels auxquels les écoles et université accordent parfois une confiance aveugle.

🤖Pour battre demain les robots, il faut comme je l'écrivais dans les “3 rapports à la machine” apprendre à ne pas penser comme eux. C'est ce que pensent 80% des répondant de cette étude américaine. Et selon la même étude, les universités américaines en la matière doivent faire mieux.

Bon dimanche à tous,

Matthieu

Avez-vous aimé ce numéro ?

Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.

Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.

Tweet Partager

Si vous ne voulez plus recevoir les prochaines mises à jour, vous pouvez vous désabonner ici.

Si on vous a fait suivre cette lettre d'information et que vous l'aimez, vous pouvez vous y abonner ici.

Propulsé par Revue