FAM IA

Question 06

Est-ce que l’école le prépare vraiment à ça ?

En partie seulement, et les enseignants sont les premiers à le dire - c’est le point que les débats manquent systématiquement. Le décalage n’oppose pas des professeurs immobiles à des parents inquiets : il est constaté des deux côtés, ce qui change complètement la conversation à avoir avec eux.

Ce qu’on fait concrètement

On rembobine - 16 décembre 2018

Extrait de Hors Programme, ma newsletter hebdomadaire sur l’école et ce qui l’attend, écrite de 2017 à 2021 - n° 18, « Les enseignants face à l'école ».

Aujourd’hui je voudrais vous parler d’un sondage récemment mené auprès de Français de la société civile et d’enseignants. Les résultats, communiqués la semaine dernière, sont surprenants. […] Ce qui surprend c’est de voir à quel point tout le monde s’accorde sur ces idées. À la fois le grand public ET les enseignants dénoncent mais aussi et surtout témoignent d’un décalage entre l’école et le monde extérieur.

Sept ans plus tard, l’accord est intact et le décalage s’est creusé d’un cran supplémentaire avec l’IA. Ce constat partagé est une bonne nouvelle mal exploitée : il signifie que le professeur en face de vous n’est pas l’adversaire du diagnostic, il en est l’auteur.

À lire, à voir

Aller plus loin

J’en parle dans ces newsletters - l’école se décrivant elle-même.

n° 18 - Les enseignants face à l'école16 décembre 2018

Hors Programme - Les enseignants face à l'école #18

Bonjour à tous,

Aujourd'hui je voudrais vous parler d'un sondage récemment mené auprès de Français de la société civile et d'enseignants. Les résultats, communiqués la semaine dernière, sont surprenants. Ils font directement écho à plusieurs idées que je défends dans mon livre. Mais ce qui surprend c'est de voir à quel point tout le monde s'accorde sur ces idées. A la fois la grand public ET les enseignants dénoncent mais aussi et surtout témoignent d'un décalage entre l'école et le monde extérieur.

En quoi consiste ce décalage et comment le dépasser ?

✊ Dépasser les inégalités

L'étude pointe d'abord que, pour la moitié des Français, l'école ne permet pas de réduire les inégalités entre catégories sociales. C'est probablement le diagnostic le plus ancien, le plus intégré par les français, et - de toute évidence - le plus immuable malheureusement. Des solutions existent, que j'évoquais la semaine dernière. Doit-on s'en remettre aux seules associations pour les appliquer ?

🌳 Revoir la place de l'environnement

Les Français et les enseignants estiment par ailleurs que le développement durable est insuffisamment étudié à l'école. Une émission sur France Culture, Etre et savoir, abordait justement le sujet il y a peu, sans d'ailleurs réellement évoquer le programme à l'école.

La question à poser est double. Faut-il en parler plus à l'école ? Et surtout faut-il en parler autrement ? Je plaide dans mon livre pour une reconnexion à la nature, en revenant sur un certain nombre d'exemples. L'Agora des Colibris réfléchit en ce moment au sujet. La première rencontre à laquelle j'ai participé fut riche et passionnante.

🔬 Affuter l'esprit critique

Seuls 1/3 des enseignants estiment que l'école arme suffisamment les élèves contre les fake news…pourtant des acteurs comme le CLEMI travaillent en France spécifiquement sur le sujet, mais ses initiatives et ses contenus ne sont de toute évidence par assez visibles. Ils s'adressent du reste essentiellement aux enseignants, alors même que le travail d'éducation et de sensibilisation à ces sujets est ( ou devrait être) fait principalement par les parents (cf. ma dernière lettre : nos enfants et les medias sociaux). Après tout, la consommation de media en ligne se fait essentiellement en présence des parents, du moins avant que les enfants n'aient leurs propres écrans.

📗 Une grille d'analyse

2/3 des enseignants estiment que les grands enjeux du monde contemporain ne sont pas assez étudiés ce qui pose pour moi deux problèmes :

à quoi bon former des citoyens si on ne leur donne pas de repères ?

combien de temps encore l'école en France renoncera-t-elle à permettre aux élèves de porter sur le monde un regard, de leur donner les éléments pour forger leur vision ?

Des Etats-Unis au Danemark en passant par le Brésil ou encore Taiwan, les exemples d'écoles sont légions qui montrent que c'est possible. C'est un sujet qui m'est cher et dont je parle longuement dans le livre.

🖥 Digital et éducation

Enfin, les Français voient dans les nouvelles technologies le moyen de renouveler les méthodes d'apprentissage. A cet égard le constat est le même que pour les fake news :

les enseignants sont peu formés à l'usage des technologies digitales en classe. De fait et en dépit du plan lancé par François Hollande, ces technologies sont encore souvent déployées sans grand discernement.

les parents, ceux-là mêmes qui équipent leurs enfants et sont sensés les accompagner dans l'usage des écrans, sont au mieux auto-formés, et la plupart du temps pas. Il faut mieux les accompagner. Qui doit / peut le faire ?

👉 Bottom line

Ce constat plaide évidemment pour bien plus d'autonomie aux enseignants, dont le situation de toute évidence n'est guère facile. Comment travailler au sein d'une institution dans laquelle on ne croit plus ?

Il plaide également pour un rééquilibrage des rôles entre l'école et les parents. Si nous n'avons plus d'illusions sur l'école, alors il est temps de nous prendre en main. De forger les outils qui permettent à nos enfants d'être en phase avec le monde d'aujourd'hui et celui de demain.

Il plaide enfin pour bien plus d'agilité au sein de l'Education Nationale, qui - si elle attend trop et comme en témoigne cette étude - va au devant d'une crise de crédibilité grave.

Bonne fin de week-end à tous,

Matthieu

Avez-vous aimé ce numéro ?

Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.

Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.

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n° 28 - Faire cours comme si de rien n'était17 mars 2019

Hors Programme - Faire cours comme si de rien n'était - Numéro #28

Bonjour à tous,

Peut-être avez-vous croisé ou entendu quelques étudiants Vendredi manifester pour le climat. A travers les articles et tribunes écrits sur le sujet, j'ai noté deux choses, sur lesquelles je reviens aujourd'hui rapidement.

Dialogue de sourds

Commençons par une synthèse de l'échange entre les étudiants et le Ministère de la transition écologique.

Les étudiants devant le Ministère : “il est temps de tenir les objectifs sur lesquels vous vous êtes engagés et de vous montrer responsables vis-à-vis de notre génération, enfin.”

François de Ruby : “trés bien, maintenant allez convaincre vos parents”. Brune Poirson : “nous vous avons compris. nous sommes en partie d'accord avec vous.”

Les uns sont en colère, les autres cyniques et impuissants. L'Education Nationale de son côté annonce : “vendredi de 16h à 18h, il y aura dans les lycées des débats sur l'environnement”. On ne sait s'il faut rire ou pleurer.

La position des enseignants...

Du moins celle relayée dans les tribunes du Monde, est on ne peut plus claire, contrairement à celle de leur employeur. Certains comme Ange Ansour plaident pour une autre approche de l'environnement à l'école, d'un point de vue pédagogique. D'autres vont plus loin et disent leur malaise à être solidaires d'une institution qui néglige le sujet plus qu'elle ne le traite.

“Aujourd’hui, écrit Justine Renard, nous pouvons nous demander si nous ne compromettons pas plus l’avenir des élèves en continuant à faire cours comme si de rien n’était.”

Tous les enseignants le disent : le combat pour l'environnement commence à l'école et requiert une réforme profonde. Le plus étonnant dans ce contexte est que les écoles de la transition existent déjà, aux quatre coins du monde, y compris en France, jusqu'au coeur de Paris. Elles ne forment pas des marginaux mais souvent des élites. Qu'attendons-nous pour nous en inspirer ?

Bon dimanche à tous,

Matthieu

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n° 21 - Révolution !27 janvier 2019

Hors Programme - Révolution ! #21

Bonjour à tous,

Il ne vous aura pas échappé que je n'ai pas envoyé de lettre la semaine dernière. Et pour cause, je faisais des recherches…enfin, presque. A vrai dire, à l'heure où vous recevez habituellement l'email, je faisais un footing au bord d'un lac avec mon amie Moïna. Elle me parlait d'un article qui selon elle exprimait bien notre vision des choses. Cette semaine, j'ai lu l'article.

Ce matin je vous en parle et tâche de voir ce qu'il implique concrètement pour nous.

L'enfance est politique ✊

C'est le titre de l'article. Et quelque part déjà tout est dit. L'auteur, Emmanuelle Araujo, part d'une conversation entre Pablo Servigne et François Ruffin, respectivement collapsologue et révolutionnaire. Alors que François demande “que peut-on faire ?” Pablo répond “il faut d'abord réfléchir”. Bref il ne sait pas. Emmanuelle quant à elle a une idée assez claire sur la question : promouvoir une société où la coopération l'emporte sur la compétition, où la frugalité prime sur la consommation, où l'environnement n'est pas un fond à consommer mais un eco-système à soigner implique de transmettre et mettre en application cette vision dés le plus jeune âge, et de la mettre au coeur des enseignements.

J'ai été heureux de lire cet article. Mon livre développe exactement ces arguments, à ceci prés que je le fais à travers des exemples concrets d'écoles et de parents qui, à leur manière, font déjà de la politique avec leurs enfants. Je le fais aussi de façon agnostique : je regarde ce qui se fait. Bien sûr mon regard n'est pas neutre, mais je parle de faits, et les faits sont plus éloquents en la matière que les discours.

Ceci dit, à la lecture de cet article, vous pourrez aussi faire remarquer que cette idée selon laquelle l'enfance est politique a au moins un siècle. Tous les nouveaux pédagogues de l'entre deux-guerre (à commencer bien sûr par Maria Montessori) concevaient l'éducation comme un moyen d'oeuvrer à une société meilleure, et bien sûr pacifique. C'est pour cela que Maria Montessori était considérée autrement que comme une simple pédagogue et accueillie à l'étranger non pas par des Ministres de l'éducation, mais par des Présidents (on songe à Roosevelt, inimaginable aujourd'hui…). Son approche de l'éducation portait toute entière en elle une vision de la société.

Grand saut vers la Californie de Gavin Newom 🍔

Choc des mots et des images : après Ruffin, passons à Gavin Newsom, le nouveau gouverneur de Californie et “one of the most progressive new political leader!”. Pourquoi ? Parce que tout laisse penser que Newsom a un peu plus d'idée sur le sujet que Ruffin, ou du moins plus les coudées franches et accessoirement un bon budget ! Ses premières déclarations laissent penser qu'il place l'enfant au coeur de sa politique. Il prévoit d'allouer un peu moins de 2 milliards de dollars pour réduire les inégalités, notamment en éduquant les parents et en donnant plus de moyens aux enfants dés le plus jeune âge. Certes il s'agit davantage de mesures sociales que d'une réflexion profonde sur l'approche pédagogique dans les écoles, mais cet exemple mérite d'être souligné. D'abord parce qu'en France on est bien loin de cela, ensuite parce que le fait qu'une telle politique soit menée dans un des Etats américains où les inégalités sont les plus criantes est un signal intéressant.

Et pour finir direction l'Albanie ! ✈️ 🇦🇱

A Tirana, le maire a deux trois longueurs d'avance par rapport aux politiques en France. Il sait déjà que l'enfant est politique, et le met au coeur de sa politique. Plus exactement c'est au travers de l'enfant qu'il aborde bon nombre des sujets de sa ville. Et pour cause, les enfants se trouvent être de bons indicateurs des problèmes urbains. Ils sont vulnérables à la pollution, aux accidents et directement impactés par la privatisation des espaces. Utiliser les enfants pour diagnostiquer la santé d'une ville, voilà une idée intéressante. Pour la prolonger, on peut designer la ville pour les enfants. Cela revient à la penser pour les plus vulnérables, les personnes âgées, les handicapés, les pauvres, etc. Bref c'est une approche équitable, qui permet de penser une ville qui n'exacerbe pas les inégalités, mais les accueille et les intègre.

Je terminerai sur cela. On a commencé sur une (vieille) idée. Ensuite les discours de Newsom. Puis les actes de ce Maire. L'enfance est politique, et cette politique commence localement. Dés aujourd'hui. Les municipales approchent. Alors on fait quoi maintenant ?

Bon dimanche à tous,

Matthieu

Avez-vous aimé ce numéro ?

Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.

Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.

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